A quoi ressemble l'agriculture urbaine à Hong Kong, un territoire tropical grand comme le Brabant Wallon et peuplé de 7 millions d'habitants ? Quels problèmes rencontrent les fermiers-citadins de cette ancienne colonie britannique convertie en un étrange fleuron capitaliste chinois ?

L'équipe de la talentueuse journaliste Aurélie Moreau a suivi notre délégation belge de jeunes chercheurs/entrepreneurs/agro-jardiniers/citoyens (péri-)urbains lors de cette mission de découverte organisée par TroPeople, avec l'indispensable soutien de la Belgium Hong Kong Society.

Suivez le récit de nos rencontre avec nos homologues Hongkongais dans le dossier de la Libre. Pour un condensé de nos visites en images, découvrez également la capsule video réalisée par Gilles Parmentier.

Notre première journée est consacrée à l'entomophagie, et plus largement aux novel foods. Nikolaas Viaene, bioingénieur chez Little Food, est particulièrement enthousiaste. Il produit en effet des millions de grillons au coeur de Bruxelles et est curieux de découvrir comment ce type de denrée est produit et préparé dans le Sud de la Chine, dont la population est réputée manger tout être vivant comestible.

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Nous occupons un logement à Sheung Wan, une zone à l'ouest d'Hong Kong qui a préservé un caractère traditionnel (c'est relatif, avec les gratte-ciel) et une communauté chinoise homogène, même si la flambée des prix immobiliers sur l'ensemble de l'île y attire également un nombre croissant d'expatriés occidentaux. La matinée est consacrée à sillonner les étals médicinaux dont regorgent les ruelles du quartier, en quête d'insectes comestibles. A la vue des nombreuses denrées improbables proposées, nous démarrons confiants: algues et mollusques marins divers, nids d'oiseaux, hippocampes séchés, queues de jeunes cerfs, crabes vivants, ailerons de requins, écailles de tortues en kit avec la tortue en brochette, champignons en tous genres, ivoire "de mammouth"... Le packaging varie aussi : vrac, sachets en plastique ou en papier, bocaux, ou encore coffret de luxe stylisé. Si la majorité des tenanciers âgés ne parlent qu'un anglais élémentaires, quelques boutiques alignent des prospectus multilingues dans des vitrines modernes. Les vertus de la médecine chinoise sont en vogue au-delà de ses frontières, et ceux-là l'ont bien compris.

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Mais revenons à l'entomophagie. Malgré nos dictionnaires électroniques et nos gesticulations, le seul insecte disponible ici n'en est pas vraiment un puisqu'il s'agit de l'Ophiocordyceps sinensis, une chenille momifiée de l'Himalaya servant de substrat à un champignon particulier, aux vertus anticancéreuses, tonifiantes, voire aphrodisiaques. Il faudra donc attendre le déjeuner pour poursuivre nos investigations. Avant de nous engouffrer dans le métro, un passant prend la peine de nous éclairer sur les usages des produits les plus couramment proposés par les apothicaires de Sheung Wan. Il nous entrouvre brièvement la porte d'une médecine parallèle bien folklorique à nos yeux, mais pas inefficace pour autant. Le nombre d'échoppes aux étagères croulants de ces marchandises parle de lui-même.

Pour accélérer l'essor de l'agriculture urbaine en Belgique, il est essentiel de permettre aux acteurs de terrains de se rencontrer, de partager leurs expériences et d'identifier les leviers stratégiques de son développement : il peut s'agir de la mise en place de filières de formations adéquates, de la disponibilité d'espaces tests pour faciliter une transition professionnelle progressive et sereine, ou encore de propositions pour renforcer le statut et la protection sociale des porteurs de projets. C'est la raison pour laquelle TroPeople a participé à l'organisation d'une journée consacrée à la viabilité économique de l'agriculture dans les villes, dans la cadre de la première école d'été bruxelloise consacrée au secteur.

Observer les pratiques dans d'autres pays contribue également à nourrir les réflexions, à remettre en question des a priori, voire à transposer des idées novatrices chez nous. C'est avec ce double objectif de réseautage belgo-belge et de regards croisés avec des agriculteurs urbains étrangers que TroPeople a rassemblé une délégation de 10 jeunes chercheurs, entrepreneurs et journalistes pour partir à la rencontre de Hong Kong. Nous vous invitons à suivre nos aventures et nos découvertes dans nos publications des prochains jours.

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Nous tenons tout particulièrement à remercier la Belgium Hong Kong Society pour sa confiance et son soutien financier qui nous a permis de concrétiser ce projet baptisé 'Urban Farmers Generation'. Et parce qu'une des missions de TroPeople est d'accompagner les jeunes dans la réalisation de leurs idées les plus folles, nous vous encourageons vivement à postuler au Belgium Hong Kong Society Education Fund.

Vous serez peut-être les prochains à avoir l'opportunité de découvrir ce territoire à nul autre pareil, héritier d'un étrange métissage culturel sino-britannique.

 

 

Le travail de fin d’étude de Valentine Lecoq, qui avait brillamment mené l’étude sur le sujet proposé par TroPeople, a séduit le jury du prix Berenschot. Celui-ci a été décerné à l’occasion de la cérémonie de remise des diplômes de la 155e promotion des bioingénieurs de la faculté de Gembloux.

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L’entreprise de consultance Berenschot, spécialisée dans le conseil en ressources humaines et dans les questions organisationnelles, semble avoir apprécié la contribution de Valentine à la réflexion sur l’adaptation du cadre réglementaire en vue de faciliter l’émergence d’une agriculture urbaine professionnelle en région bruxelloise.

 

Consultez le mémoire de Valentine en libre accès sur le portail OrBi de l’Université de Liège.

La finale de ce événement européen se tient à Bruxelles (évidemment), dans les bâtiments de l’Arsenal. Pendant que Tsu psalmodie en boucle son pitch dans un coin désert du parking, Romain tient un stand pour expliquer notre concept à la presse, à divers invités européens, et à quelques Bruxellois informés de l’événement par bouche à oreille.

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Les Italiennes de QUID sont les premières à se voir décerner leur prix, des mains du Commissaire Barnier venu les remettre en personne. Celui-ci décrit ensuite les prochains gagnants : « Ils sont jeunes, ils veulent transformer nos villes en jardins, ils nous viennent de Belgique… ». Tsu et Romain se lèvent alors timidement sous l'ovation de la salle pour aller chercher leur trophée et bredouiller quelque banalité au micro. (Ce n'est qu'après la cérémonie qu'ils danseront comme des macaques en riant à gorge déployée pour extérioriser leur euphorie).

on a toujours l'air un peu penaud dans ce genre de circonstances
on a toujours l'air un peu penaud dans ce genre de circonstances

Les Irlandais de VoidStarter complètent le palmarès avec leur projet de conversion de bâtiments inoccupés en pépinières d'entreprises "pop-up" pour les jeunes demandeurs d'emploi.

Alors c'est un peu bateau mais nous tenons à remercier chaleureusement l'équipe organisatrice, les coachs, les membres du jury, les équipes demi-finalistes et finalistes qui portent tous des projets positifs (et franchement extraterrestre pour certains) afin de contribuer à une Europe plus équitable.

Comme on dit, "Y a plus qu'à...". La route sera longue et surprenante, mais on va se retrousser les manches pour concrétiser Urban Farm Lease.

Si vous voulez revivre la cérémonie en vidéo, c'est par ici.

 

Le jury a publié sa sélection : Urban Farm Lease est en finale ! Egalement parmi les 10 finalistes, le projet belge MC² - Experience at work, qui propose de mettre en relation des grandes entreprises pour échanger leurs cadres âgés : il s’agit d’un public qui souffre souvent de démotivation, et que les entreprises poussent vers une retraite anticipée, alors que leur expérience peut être très utile si on la stimule par de nouveaux défis. En demi-finale, nous avions aussi découvert le projet Bookics, qui édite des livres imagés pour permettre aux nouveaux arrivants de communiquer avec précision dans des situations complexes (chez le médecin, pour décrire ses compétences professionnelles, etc.)

Bref, avec 3 projets retenus sur 30 sélections dont 2 finalistes, la Belgique s’illustre comme un vivier d’idées innovantes en matière d’entrepreneuriat social. Il ne s'agit d'une mesure précise, mais il semble que nous fassions jeu égal avec l’Italie et le Royaume-Uni, malgré un nombre initial de candidatures bien plus restreint (une cinquantaine de projets belges sur les 1254 soumissions issues de 35 pays)

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Notre coach Max avait bon espoir de nous voir atteindre ce stade de la compétition au vu de l’originalité de notre approche. On le remercie au passage pour ses conseils qui nous ont clairement aidés à faire la différence lors du pitch en fin d’atelier à Bilbao. Max trouvait toutefois que notre projet était encore à un stade très précoce, et il ne nous voyait pas dans le tiercé gagnant. On ne peut malgré tout s’empêcher d’imaginer une concrétisation de notre réseau européen d’insertion professionnelle en agriculture urbaine. Verdict ultime le 20 mai 2014. D’ici-là, soutenez-nous et découvrez la belle brochette de projets inspirants sur la page officielle de la Compétition.

Ce séminaire est avant tout l’occasion de réseauter et de découvrir la diversité de défis sociaux et des solutions imaginées par des organisations de terrain, dans des contextes très différents : les régions dépeuplées de l’Italie rurale, les laissés pour comptes de la transition à marche forcée des pays du bloc de l’Est, de nombreuses idées d’applications digitales répondant spécifiquement aux besoins de catégories marginalisées de la population... Nous découvrons également une lauréate de la première édition, l’équipe organisatrice de la compétition qui explique les enjeux et le potentiel de l’économie sociale en Europe, la sensibilité des différents membres du jury et la vision d’un incubateur d’entreprises basques en compagnie d’entrepreneurs locaux.

Mais pour les organisateurs, l’objectif de cette session est de faire évoluer les 30 idées sélectionnées vers des business models viables, scalable (c’est-à-dire reproductible à grande échelle), et qui optimisent leur impact social. Certains participants, notamment des pays latins, expriment quelques appréhensions : peut-on viser un objectif de rentabilité sans dénaturer l’objet social du projet, et en maintenant la confiance des parties prenantes ? Pour les Anglo-Saxons, la question n’a pas l’air de se poser. Avec Romain, on se prête à l’exercice : comment reformuler Urban Farm Lease pour avoir un impact à l’échelle européenne, tout en générant des revenus qui nous permettraient de financer des formations pour un public de jeunes peu qualifiés ? C’est Max Bulakowsky, de l’accélérateur d’entreprises sociales Oksigen Lab qui sera notre mentor perso (On a du bol, d’autres projets partagent un coach pour 2 ou 3 équipes).

Lors de la 3e journée, chaque équipe est invitée à pitcher son idée remaniée (Redécouvrez le résumé en 180 secondes du projet ici). Le pitch ne fait pas partie du dossier élaboré que nous devons rendre pour accéder à la finale de la compétition, mais on devine en filigrane que ça fera la différence, surtout auprès des membres du jury qui n’ont pas eu l’occasion de faire le déplacement à Bilbao.

social innovation academy semi finalists
2014 European Social Innovation Competition - semi finalists

Ancien centre sidérurgique anéanti par la mondialisation délocalisante, et refondé sur une économie de la connaissance et de la culture, servie par un écosystème de start-up locales 2.0 – Cela ressemble étrangement à un scénario de redéploiement économique wallon, mais il s’agit bien du parcours de Bilbao, qui accueille les demi-finalistes du prix européen de l’innovation sociale. Après avoir affiné le projet avec Stéphane de DiversiFerm, Zoé de Terre-en-Vue et Emilie du réseau des GASAP, j’embarque Romain dans l’aventure : ça tombe bien, il vient de terminer son mémoire sur le dimensionnement des systèmes de production aquaponique, ce qui renforce les compétences techniques de l’équipe.

Le programme des 3 journées de la Social Innovation Academy est très dense mais convivial. Les 30 équipes venues des quatre coins de l’Europe forment un panel hétéroclite d’innovations –quelque fois techniques, mais souvent organisationnelles ou conceptuelles qui promettent d’améliorer l’insertion professionnelle des personnes vulnérables au sein de nos sociétés.

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Avec le concept d’ « Urban Farm Lease », notre équipe a été retenue parmi les 30 demi-finalistes de cet appel à projets organisé par la DG entreprises de la Commission Européenne. BAM ! Rien que ça. L’objectif du concours, doté de 3 prix d’une valeur de 30.000 euros chacun, est de faire émerger les idées susceptibles d’endiguer l’exclusion économique et sociale de catégories vulnérables de la population européenne : jeunes, migrants, porteurs de handicap, femmes, minorités, personnes âgées…

Particularité de cette initiative : l’ouverture tant aux associations qu’aux entreprises, mais aussi à des individus sans aucune structure établie. C’est encourageant, lucide et audacieux : qui est mieux placé que ceux qui vivent les injustices sociales au quotidien pour imaginer des solutions à ces problèmes ? Or l’intelligence du citoyen ordinaire est bien souvent exclue des brainstormings européens, à travers la complexité des cahiers de charge, la durée et la lourdeur décourageantes des procédures.

Les organisateurs de ce challenge demandent une description claire de l’idée défendue, mais le formulaire reste concis et abordable. Un effort est également fait pour permettre à chacun de participer dans sa langue nationale s’il le souhaite. Bref, le Social Innovation Competition est réellement accessible à tous. N’hésitez pas à y soumettre vos propres idées d’entrepreneuriat social lors de la prochaine édition.

Mais avant cela, au sein de TroPeople, on prépare d’arrache-pied l’atelier de coaching qui aura lieu en mars à Bilbao, pour la suite de la compétition.

L’Institut Bruxellois de Gestion de l’Environnement a lancé l’édition 2013 de son appel à projet « Alimentation Durable ». TroPeople saisit cette opportunité pour soumettre à l’IBGE ses propositions structurelles pour encourager le développement de l’agriculture urbaine en Région Bruxelloise. Plutôt que de créer un énième projet pilote, nous souhaitons promouvoir une adaptation du cadre légal et une amélioration de l’accès à un facteur de production indispensable : le terrain agricole (conventionnel ou non).

Notre association espère notamment obtenir un financement pour:

- l’établissement et la publication en accès libre d’un cadastre des surfaces en pleine terre et non-conventionnelles (toitures, caves, façades...) exploitables pour l’agriculture urbaine.

- la création d’une plateforme de mise en relation des propriétaires de surfaces agricoles urbaines et les porteurs de projets, afin de faciliter leur accès à des espaces de culture.

- le développement et la diffusion d’un cadre juridique sécurisant, spécifique et pérenne, à la fois pour l’exploitant agricole et pour les propriétaires immobiliers : le bail à ferme urbain. Celui-ci sera établi à travers une concertation avec les acteurs traditionnels (maraîchers, secteur associatif, groupements de circuits courts et administrations) mais aussi des parties prenantes d'un spectre plus large (secteur immobilier et assurances notamment)